Sea, Sex & Sun

1 07 2009

SummertimeL’été est un grand paradoxe pour les jeunes que nous sommes. Parfois ensoleillé et agréable, il sait aussi être sombre et déprimant. Parfois festif et insouciant, il sait aussi être sérieux et professionnel. Que l’on réussisse ou non nos examens, que l’on souhaite ou que l’on ose travailler, beaucoup de facteurs font que la vision que l’on aura de cette période pourra varier du tout au tout.

Sans même aborder ces précédentes variables, selon ce que nous sommes et ce que nous aimons faire, l’été changera de signification. Le geek y verra certainement l’occasion tant espérée de s’épuiser devant son ordinateur ou sa télé, face à un nombre croissant de jeux vidéos ; l’otaku lui, y verra l’opportunité immanquable de parfaire sa culture japanime, de dévorer compulsivement mangas et animes en tout genre, faisant fi des préjugés et des genres, puisque de toute façon il a le temps. L’animal social pourra se gaver de contact humain jusqu’à en avoir la nausée, tandis que l’introverti lui souffrira de son mal plus qu’à n’importe quelle autre période de l’année.

L’été, c’est aussi une question de cadre. Si pour les citadins, l’été implique la plage, la côte, le camping,  les glaces, les crêpes, les méduses pour toute la famille (ces chaussures horribles…), les débardeurs imbibés de sueurs, de sel et de sable, il n’en est pas de même pour l’habitant du bord de mer. Pour ce dernier, l’été ne signifie finalement que bien peu de choses : du chaud, des touristes et des fêtes commerciales organisées par une municipalité aux valeurs on ne peut plus désuètes, et aux intérêts on ne peut plus vénaux.

Pour certains aussi, l’été, c’est l’esprit drague et boîtes de nuit, dans lesquelles tout le monde se colle et se frotte en écoutant les tubes des années 80… Pour certaines aussi, l’été, c’est le moment où l’on doit faire attention à tout. Il faut une ligne parfaite, le maillot de bain parfait, les lunettes parfaites, le packaging de la midinette fashion complet. Il est intéressant de noter que les miasmes de la société machiste dans laquelle nous vivions il y a encore peu m’ont fait cibler cette attitude sur les femmes. Certes, on le remarque peut-être davantage de leur côté, mais permettez moi de corriger immédiatement l’erreur : il existe aussi de nombreux hommes cherchant le packaging de gossbo pour chauffer dla meuf. Et souvent, il est amusant de le constater, les femmes savent bien mieux mettre en avant leurs qualités que les hommes, qui se targuent d’être des dragueurs hors pairs en jouant d’un pseudo excès de confiance en soi. Cela mène généralement à des situations particulièrement risibles. Pour certains donc, l’été serait la saison des humiliations ?

Bref, l’été, chacun le conceptualise comme il veut. Le regard sociologique de Durkheim lui fit dire qu’à cette saison, en campagne, le taux de suicide était plus faible qu’en hiver. Le regard lubrique de certains leur fera dire qu’à cette saison, on peut plus fixer discrètement ce qui nous attire qu’aux autres saisons. Le regard poétique poussera à regretter amèrement le printemps, et ne parviendra pas à s’extasier devant les décolletés massifs et les morceaux de cellulite ondulant au rythme du pas. Pour les enfants, l’été c’est le club mickey et pour les ados, c’est la grande poussée hormonale et le soleil qui brule l’acné. Au final, l’été, parfois, ça a vraiment l’air dégueulasse.





M-J

26 05 2009

weedLes yeux fermés, je suis allongé. Concentré sur tout ce qui m’entoure, je me laisse péniblement sombrer dans une étrange léthargie. Ma respiration, calme et lancinante, m’aide à me détendre. Je finis par apprécier, après ma longue journée, ce doux moment d’inactivité. Puis, au rythme de la fumée entrant puis sortant de mon corps, bercé par la musique, tout commença à se transformer, sans pour autant rompre avec le réel.

La construction de mes pensées se fit plus floue, plus spontanée, et je me surpris à contempler mon imaginaire comme s’il ne m’appartenait pas, ou du moins comme si je n’en étais pas l’auteur. Des idées vinrent ponctuellement, puis repartirent sans que je puisse leur donner un nom. Il m’arriva parfois de sentir mon cœur palpiter, et mon esprit subir une légère oppression. Avant même de chercher à fuir ces désagréments, je m’étonnai à chaque fois de les sentir s’éloigner puis disparaitre, pour me laisser plonger encore plus loin dans mon introspection.

Après avoir observé mon esprit penser par lui-même, je me mis à ressentir avec une intensité sans commune mesure chaque membre composant mon corps. De l’extrémité de mes mains à la plus infime parcelle de mon torse et de mon dos, je me laissais errer, redécouvrant à chaque instant la finition absolue de l’homme et de son organisme.

Puis, alors qu’elle me berçait, parfaitement mêlée à mes songes, la musique prit plus d’ampleur, plus de force. Je reconnus alors la sonate pour piano n°14 de Beethoven, et quittant mon corps, je plongeais désormais dans un univers où la musique prend des formes et des significations que l’on n’aurait su lui soupçonner.

A ce moment là, il m’était difficile de formuler clairement mes pensées. Elles n’étaient alors qu’un amas d’images, de perceptions et de ressentis. Je crus comprendre un court instant quel genre d’homme pouvait être en mesure de composer de tels chef-d’œuvre, quelle sensibilité exacerbée et quelle grandeur d’âme qu’il fallait posséder. La mélancolie du morceau associée au ton grave du piano parvint à exacerber mes émotions, si durement contrôlées le reste du temps. Pendant un court instant, je ressentis le besoin crucial de me laisser aller au chagrin que me suggérait la musique. Je n’hésitais pas.

Je sentis rapidement ma gorge se serrer, puis une larme couler lentement le long de mon visage. Peu m’importais, j’étais seul dans ma chambre, allongé sur mon lit. Je n’ouvrais toujours pas les yeux. La beauté de la mélodie me frappa comme si c’était les premières notes de musique que j’entendais. La tristesse de l’air faisait écho à ma propre condition. J’eus l’impression, alors que je suis plutôt heureux, d’être une personne sombre, opprimée par la vie et par les choix qu’elle lui impose. Puis brusquement, et même brutalement, la surcharge d’émotions disparue aussi vite qu’elle était apparue, et je retournai dans mes songes, leur donnant un thème, pour ensuite laisser mon esprit puiser dans sa mémoire et dans ses idées.

Je revis certaines scènes de mon enfance ; le genre de scènes ou de situations qui, malgré les années, n’ont pas perdu en force. Ce fut des humiliations, des peurs et d’autres sentiments forts marquants lorsqu’on les découvre pour la première fois. Je me revis appréhender de tenir la main de ma première petite amie, je me revis subissant les railleries de ma classe et je revis certaines disputes familiales. Cependant, alors que je me remémorai parfaitement mon état d’esprit au moment où ces évènements se produisirent, je parvenais à m’extirper de leurs contextes pour les juger d’une manière on ne peut plus pragmatique. Je parvenais, d’une étrange manière, à contempler ma propre vie comme celle d’un autre, et à supprimer une part importante de subjectivité pour effleurer une réelle opinion sur mes choix et mon parcours.
Qu’il est étrange, me suis-je alors dit, de contempler son propre passé, se remémorant nos sentiments tout en le jugeant de manière platonique. Je n’éprouvai ni haine pour mes oppresseurs, ni amour ou amitié pour ceux que j’aimais et appréciais. Je les voyais, c’est tout. Je les observai du mieux que je le pouvais, cherchant à déceler en eux les qualités qui les rendirent proches de moi, et les défauts qui les éloignèrent. Je cherchai aussi à savoir comment me serai-je vu, si je croisais demain le petit enfant que je fus. J’eux la triste impression d’être insipide à mes propres yeux.

Je revins légèrement à la réalité, sortant de la torpeur dans laquelle je m’étais mise. J’ouvrais les yeux. La musique continuait, toujours aussi plaisante. Dans mes mains, une forme conique, allongée, avec un important amas de cendres à l’extrémité. Je me rapprochai du cendrier pour la chasser, et me saisissais de mon briquet pour rallumer le tout. Je n’en étais pas encore à la moitié, on ne m’avait pas menti, cette herbe était particulièrement forte et spirituelle.

Je ne compris pas, à ce moment là, pourquoi il était illégal d’en posséder, ou d’en consommer. Jamais l’alcool ne me permit d’être transporté à ce point, avec tant de douceur, de délicatesse et de volupté. J’avalais à nouveau la fumée, cette fois-ci avec un plaisir que je n’aurai su cacher. Les yeux fermés, je me laissais tomber sur mes oreillers, heureux et en paix.





Grève

4 04 2009

IgnoringTheTeachersHuit semaines s’écoulèrent, pour les étudiants de lettres et sciences humaines de Nantes, au cours desquelles un mouvement revendicatif d’ampleur vit sa naissance flamboyante, son maintien précaire et sa déchéance pathétique.
Une énergie commune propulsa nos revendications plus haut que prévu, pendant plus longtemps que prévu, jusqu’à ce que beaucoup se lassent du jeu, et réclament autre chose ; cette autre chose entrainant inexorablement la fin du mouvement.

Nous, pauvres spectateurs sans pouvoirs face à la masse étudiante, nous avons tout observé, et nous n’avons jamais compris. Encore maintenant, personne autour de nous ne comprend.
Les assemblées générales, réunissant toujours entre deux et trois mille étudiants, devenaient progressivement une sorte d’arène dans laquelle des groupes idéologiques s’affrontaient, non pas dans le cadre des revendications, mais plutôt dans une optique manichéenne de toujours constater un groupe de gagnants et un groupe de perdants. Il fallait diviser les étudiants.

Au sein de ce mouvement, les luttes internes se sont multipliées. Certains criaient qu’ils se moquaient de tout et de tous, et qu’ils n’attendaient qu’une chose : revenir en cours, revenir étudier. Etait-ce pour l’amour des études ? Non, généralement. Etait-ce pour s’opposer aux idéaux socialistes des syndicats et  du bureau étudiants ? Oui, généralement.
On ne sait pas trop pourquoi. Ces gens-là, s’ils avaient des opinions politiques, n’en ont jamais fait réellement part. Ils s’offraient, à nos yeux, un simple défouloir en crachant sur ce qui nous avait tous réunis auparavant. Certains semblaient prendre énormément de plaisir à être insultants, voir dégradants.

Ainsi, au final, le groupe des gagnants devint une sorte de coalition chaotique d’étudiants souhaitant viscéralement la fin du mouvement. Alors que leurs semblables défilaient durant les tours de paroles, expliquant que, malgré leur volonté de reprendre les cours, ils avaient saisis l’enjeu des revendications et leur importance cruciale pour le monde universitaire, au point de souhaiter la reconduction des grèves et blocus, les gagnants parlaient de leur dernier week-end arrosé, ou alors se moquaient éperdument des autres. Certains jouaient sur leur téléphone portable, d’autres préféraient emporter un petit jeu de carte et il y en avait même qui préféraient tout simplement dormir dans leur coin.

Tout ceci jusqu’à ce que, quatre heures plus tard, une voix retentit qu’il était temps de voter la reconduction (ou non) du blocus étudiant. D’un coup, et ce à chaque fois, l’attention de la salle décuplait. Le silence se faisait de plomb, et tous se préparaient à lever bien haut leur main, ou leur petit papier jaune. Finalement, le principe même de l’AG, où l’on écoute les avis des uns et des autres, où l’on peut prendre le temps de peaufiner sa décision, d’adopter différents points de vue, disparaissait en un clin d’œil. Chacun était déjà convaincu avant même d’arriver, et prenait son mal en patience jusqu’au vote ultime.

Une attitude risible, de mon point de vue. Et pourtant, nous dûmes tous nous plier aux lois de la démocratie, même si le « camp » adverse nous le rendait mal.
Alors que les partisans de la grève prirent toujours en compte les angoisses de ceux qui étaient inquiets pour leur avenir, et les désirs de ceux souhaitant la reprise des cours, ces derniers se comportèrent comme une bande d’ados en manque de sensations. Ils insultèrent les membres du bureau, ne prirent aucun temps pour les écouter. Ce n’était rien d’autre que de l’irrespect comme je n’en avais jamais vu.

On imagine les universitaires comme une bande de socialistes révoltés, admirateurs de 68 et enragés face à l’Etat, mais il n’en est rien.

Aujourd’hui, les étudiants sont juste cons.





Being a comedian makes sense

8 03 2009

pain_iv_lonelyness_by_coolangelJe suis si jeune et si inconscient que je n’arrive pas encore à voir se dessiner les conséquences de mes actes. J’expérimente la vie, les relations amicales, les relations amoureuses.
Dans mon collège, c’est une sorte de loi de la jungle. Etrange, me disais-je à l’époque, pour un lycée de province. Il y avait des bad boys d’un côté, sombres, menaçants ; et de l’autre il y avait tous les autres, dont tout le monde se fichait. Les premiers étaient respectés parce qu’on ne savait jamais jusqu’où ils iraient, et très franchement je pense que personne ne voulait le savoir.
Un jour, je m’en souviens encore, l’un d’entre eux est rentré dans la cour sur sa moto, complètement saoul. Il longeait les salles de cours et les halls, cherchant à provoquer tous les profs et élèves qu’il croisait. Puis, lorsque le vieux principal grincheux sortit avec un appareil photo, le jeune rebelle pris la fuite…qui ne fut que de courte durée. Arrivé hors du collège, au dessus d’une haie soigneusement taillée, nous vîmes le sommet d’un arbre en pleine croissance osciller de gauche à droite pendant de longues secondes. Le chauffard avait tout simplement foncé dessus.
C’était donc dans une atmosphère tendue que mes années collège se déroulèrent. Il y avait ceux à ne pas bousculer, ceux qu’il ne fallait même pas croiser du regard, et ils nous faisaient peur. Nous restions donc entre nous, entre normaux ou entre anodins, en quelque sorte. Au moins, ensemble, nous ne craignions rien.
Mais à cet âge, où l’on cherche à se positionner, rien n’est jamais si simple, et personne ne se satisfait d’être quelqu’un de normal ou d’anodin. Alors, avec quelques autres, nous avons cherché à ne plus être comme tout le monde. Pour beaucoup peu sûrs de notre force physique, nous prîmes le parti de l’humour, ou du moins de l’humiliation. En somme, nous occupions le domaine dans lequel les gros bras n’avaient absolument aucun talent.

Mais avant d’être respecté, avant d’être considéré par les autres comme des collégiens dominants – appelons ça ainsi -, il fallait se former un groupe de soumis. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes focalisés sur les plus faibles, les plus asociaux et les plus détestés.
Parmi tout ce petit monde, ma cible de prédilection était un collégien chétif, effrayé par tout et n’importe quoi, qui ne cherchait qu’à se faire oublier des autres. C’était à l’époque une cible de rêve.

Tous les matins, tous les midis et tous les soirs, je pris pour habitude de persécuter gentiment ce camarade. Nous commencions toujours de la même manière. Il se fermait à tout et se persuadait que j’abandonnerais, et là je me mettais à lui donner quelques coups de poings sans force dans l’épaule, afin de l’obliger à réagir. Puis, dès qu’il se mettait à parler, je cherchais toutes les opportunités de le ridiculiser, de lui faire de la peine. Je cherchais désespérément la certitude d’avoir du pouvoir sur lui, mon si précieux cobaye, tandis que lui cherchait désespérément la certitude qu’il avait son mot à dire. J’avais encore à l’époque suffisamment de motivations de d’esprit de compétition pour ne pas lâcher prise le premier. Et ce fut à force d’obstination que je brisai mon adversaire, quelques semaines plus tard.

La fois de trop, je m’en souviens encore très bien, se produisit un après-midi comme tous les autres, à l’exception prêt que je savais désormais que j’avais du pouvoir sur quelqu’un. Ce jour-là, mon bouc-émissaire passa trop prêt de moi, alors que j’étais occupé à divertir quelques jolies camarades de classe. L’occasion était trop bonne, me dis-je, et je la saisis sans trop réfléchir aux conséquences. Pour la première fois, j’animais une humiliation publique, et je rencontrai un succès fantastique. Mes espiègleries fonctionnaient bien, car tout le monde se moquait strictement de ce que pouvait ressentir ma pauvre victime, concentrée à maintenir une forme crédible d’impassibilité. Mes amies riaient à la fois si longtemps et si fort qu’il décida de s’enfuir en courant, sa haine s’était transformée en désespoir. Ca y est, j’avais réussi, j’avais dominé quelqu’un sans faire usage de force, sans être menaçant ; je n’avais fait qu’employer à son égard des mots dégradants, je n’avais fait que ternir son image, affecter son égo, altérer la vision que les autres avaient de lui. Pourtant, rien n’avait changé, il était toujours le même, moi aussi, les autres aussi. J’étais fasciné par cette force qui, à l’instant, me paru sans limite.

Quelques minutes plus tard, alors que je ne m’en souciais pas, on vint me tenir au courant de l’état de ma victime. Une de mes spectatrices l’avait suivi ; il était visiblement enfoui dans un tas de sacs, le visage en larmes. On me dit que je devais y aller, que c’était de ma faute. Je ne compris pas.
En quoi étais-je responsable de la fragilité psychologique d’une personne dont je me moque totalement ? C’était aberrant. Mais à cette époque, les filles ont un pouvoir fou sur l’homme, et j’obéis de peur de me les mettre à dos. J’obéis à contrecœur et parti le chercher.

Je m’approchai doucement de lui, effectivement vautré sur un tas de sacs.
Que dire ? Finalement, je ne le connaissais pas ; je passais juste mon temps à le persécuter, sans jamais m’être intéressé à quoi que ce soit de lui. Je m’accroupis et me retrouvai à son niveau. Je tentai d’accrocher son regard mais il le fuyait de toutes ses forces. Alors je fis ce qui me vint tout naturellement.

« Excuse-moi, je voulais pas te faire de peine. »

« C’est bon, c’est bon…. »

Il avait prononcé ces mots en luttant pour maintenir son sérieux. Je le sentais à deux doigts de fondre en larme, et personne n’a envie de s’effondrer devant la personne qu’il déteste le plus.
Je le laissai, car j’avais compris, bien trop tard, les conséquences de mes actes. Je compris que je pouvais le détruire totalement, et à cet instant précis, le petit enfant qui avait peur des autres que j’avais été me détestait. Je connus un sentiment ambivalent que je n’avais jamais ressentis, et j’étais rongé par la culpabilité.

Ce fut un tournant, je pense, dans mon existence. Ce jour-là, si j’avais opté pour continuer, si j’avais nié toute compassion, toute humanité et tout respect pour les autres, j’aurais pu finir mon travail, atteindre le statut de ceux que l’on craint, et ne plus jamais avoir peur.
Mais le prix à payer était trop élevé, et je savais, ou plutôt je sentais viscéralement que ce n’était pas la solution.

Cette victime, à laquelle j’avais laissé son amour-propre, je décidais d’en apprendre plus sur lui. Il était arrivé dans ma classe en début d’année, personne ne le connaissait vraiment. Il revenait d’une petite ville de bord de mer, une station balnéaire pour touristes. Là-bas visiblement, la vie n’avait pas été facile pour lui. Il était arrivé ici avec l’espoir de faire d’autres rencontres, et de pouvoir davantage s’intégrer.
Tout ceci, ce fut lui, quelques mois plus tard, qui me le racontai. J’avais découvert en ce personnage toute une dimension fragile que j’avais moi-même connu un peu plus tôt. J’avais eu la force de lutter, mais lui ne l’avait plus. Je ne pense pas l’avoir pris sous mon aile ni quoi que ce soit, mais le fait est que, très rapidement, nous devînmes d’excellents amis, des compagnons inséparables. Et alors que j’avais failli lui confirmer son horrible vision du monde, alors que j’avais failli briser ses dernières espérances, c’est au final son intégrité et sa vision des choses qui me changèrent radicalement.

Je n’ai plus jamais cherché à faire du mal à qui que ce soit, quand bien même certains tentèrent de m’en faire. Enfin, il y eut une exception…





Try to act like a grown-up

2 03 2009

3740_sewing_pants_520Quand on est encore un enfant, on se dit naïvement que tout est simple pour nous et que tout est compliqué pour les adultes. Leurs discussions, si jamais on essaie de s’y intéresser, nous paraissent vagues, déconnectées de notre monde et beaucoup trop théoriques. Alors on se tait, et on admet sans complexe être trop petit, pas assez cultivé ou trop bête pour comprendre. Et puis, on le sait, quand on sera plus grand, tout deviendra clair.

Alors on prend sur soi, on attend d’être en âge de pouvoir parler avec eux de toutes ces choses que l’on ne comprend pas. Pour nous, le monde se résume à trois choses : la famille, l’école, les amis. Ce sont eux qui prennent tout notre temps et nous ne connaissons rien d’autre, ou si peu, si mal.
On regarde bizarrement ceux qui sont plus grands mais pas encore adultes. Ils semblent sûrs d’eux, plus autonomes et connaissent indéniablement mieux la façon dont les choses, en général, se produisent.

Puis arrive un âge étrange, où l’on ne connait pas grand-chose de plus, mais où ceux qui nous entourent, ceux de notre âge, sont catégoriques sur tout. Et en général, ils ne sont pas d’accord entre eux. Alors pour s’affirmer, ils s’opposent, se justifient et refusent toute remise en question. Pourtant, les autres, ceux qui écoutent sans ne jamais trop parler, n’ont l’air sûr de rien. Alors on attend, et nous aussi, on se fait une petite idée des choses, et on expérimente. Comment bien parler, comment se faire écouter, comment se faire respecter ; on cherche au final à se positionner dans la vie, je pense.

Et vers la fin du collège, on commence à nous dire qu’on a grandit, qu’on va bientôt être adulte, et là, je ne sais pas pour les autres, mais moi j’ai eu peur. Je ne savais toujours pas ce que c’était que d’être adulte. Nos parents restent nos parents, et on reste entre jeunes ; on ne se mélange pas plus, et l’on reste dans ce cocon protecteur, familial et institutionnel, qui nous entoure tellement longtemps maintenant.

Puis arrive le lycée, où l’on redevient petit. On se retrouve dans un autre lieu, avec d’autres professeurs, d’autres matières, et d’autres personnes parfois bien plus âgées que nous. Certains sont déjà engagés dans des luttes sociétales, syndiqués, militants ou simplement révoltés contre tout. Et là, encore plus qu’avant, tout le monde est différent. On ne fait pas seulement que s’opposer ; certains se déchirent pour affirmer leurs visions des choses aux autres.

Puis on rentre en contact avec la musique, la fête, l’alcool, la drogue, les filles, le sexe… Tout ceci, même si on savait que ça existait, on s’était jamais trop rendu compte de la manière dont on y accède, ni de la manière dont on y participe. Là encore, on apprend, on prend des repères, on observe et on reproduit.
La popularité devient une problématique générale. D’un côté il y a ceux que tout le monde aiment, les modèles, les références ; et de l’autre il y a ceux que personne ne connait, que peu apprécient et qui se trop déconnectés des autres pour s’intégrer. Mais il n’y a que d’un seul côté que l’on cherche à s’intégrer, l’autre ne fait rien. Je suppose que c’est ainsi que l’on apprend que la majorité l’emporte toujours sur la majorité, et que l’on ne peut s’opposer à des règles sociales.

Puis un beau jour, alors que s’était enfin fait à tout cet univers, qu’on y avait mûri et que l’on maîtrisait ses règles, on doit s’en aller. Et l’université, ce fut tout autre chose. Là encore, nouvelles règles, nouvel environnement et nouvelles fréquentations.
Pour beaucoup de mon entourage, ce fut certainement d’excellentes années, tant sur le plan social que sur le plan intellectuel. Mais nous n’étions pas plus adultes.

Au final, on peut se demander ce que c’est que d’être un adulte, et même si les adultes en sont vraiment. Certes ils sont en contact avec la réalité professionnelle et économique, bien plus que nous, mais quoi d’autre ? L’expérience ? Certains ne font rien d’expérimental et se sont toujours cantonné à une vie sans vagues. D’autres ont de l’expérience, savent comment les choses marchent, mais ils sont trop rares par rapport aux autres.

Bref, les timides restent timides, les forts le restent, les faibles aussi. Certains changent, évoluent radicalement, mais au final sont-ils si nombreux que cela ? A trop vouloir barricader les individus dans des catégories, on a cultivé maladroitement la différence. Les adultes et les autres « jeunes » arrivent pourtant très vite à un stade où rien d’autre que l’âge ne les différencie.

Alors tout simplement, il suffit de ne plus vouloir être adulte, mais simple d’évoluer par soi-même, sans trop se soucier de ce que l’on attend de nous ou pas. Vouloir nous faire correspondre à un idéal social n’est ni plus ni moins qu’un moyen de faire bien fonctionner certaines institutions, au risque de nuire à l’évolution des individus qui les composent. Et dans un cas pareil, finalement, mieux vaut nuire aux institutions et bien faire fonctionner l’individu.





“So let your feelings show” – Roger Glover

22 02 2009

humanityArt Spiegelman disait, lors d’une interview, qu’il était trop égoïste, trop narcissique pour envisager le monde sans qu’il y prenne place lui-même. Il ne pouvait donc aborder de problématiques générales sans y insérer son avis, son sentiment. Or il m’a semblé, à la lecture de Maus, que l’on ne saurait mieux comprendre la réalité qu’à travers le regard subjectif d’un individu. Un sentiment personnel, intimiste est mille fois plus évocateur qu’une objectivation pragmatique, déshumanisée.

L’autre jour, alors que je me rendais chez une amie, un clochard, ivre comme jamais, m’a violemment saisi en me hurlant « si t’as pas cinquante euros, tu passes pas ! ». Finalement, en parlant poliment à l’ivrogne, il abandonna sa pseudo-tentative après m’avoir demandé si moi aussi j’étais fan d’Amy Winehouse…

Personne autour de moi ne su réagir. Un « businessman » qui était juste derrière moi changea de trottoir, l’air effrayé comme jamais. Un groupe de jeune toisa l’homme du regard comme s’il n’était guère plus qu’un parasite qu’il faudrait vite écraser, mais tout de même en changeant eux aussi de trottoir. Un parasite, ça peut faire peur.

Au final, je fus le seul à voir cet individu comme ce qu’il était, à savoir ni plus ni moins qu’un homme. Certes, son allure était pathétique ; certes, il sentait l’alcool comme s’il en était lui-même, mais après tout, rien ne me permet de juger un homme ivre, ni même d’être dédaigneux, et encore moins d’être violent.

Car je le confesse, j’eus ce réflexe primaire d’avoir envie de le repousser lorsqu’il m’agressa, de le frapper, de le mettre hors d’état de nuire ; d’autant plus que j’étais accompagné d’une charmante compagnie, qui prend peur pour si peu de choses. Mais je ne pu me résoudre à faire du mal à une personne qui devait constamment souffrir.
A-t-on ne serait-ce qu’essayé de se mettre dans la peau d’un clochard ? Entre ceux qui se moquent d’eux, ceux qui s’amusent, une fois ivre, à les frapper, ceux qui ne posent même pas un regard sur eux et ceux qui les regardent sévèrement, je pense qu’il n’est pas possible de se projeter dans un tel désarroi. J’eus finalement pitié du malheureux, qui me laissa partir comme si lui-même avait soudain pitié de sa propre condition.

Cette courte péripétie ne dura que quelques secondes, et je ne parviens pourtant pas à m’en défaire. Je fus à quelques centimètres du visage de cet homme lorsqu’il me stoppa, et je me rappelle avoir, pendant quelques instants, fixé ses yeux. Ils étaient si vitreux, si absents, que je n’étais pas en mesure de savoir si l’homme me voyait vraiment. Encore maintenant, j’ai l’impression paradoxale d’avoir vécu une sorte d’intimité avec cet inconnu. Certes, l’homme m’agressait ; certes son apparence était répugnante et certes il était saoul, mais j’ai néanmoins pu toucher du doigt, dans ce court échange de regard, la misère intérieure qu’il expérimentait chaque jour. Je n’oublierai pas ce visage, ni l’immense désarroi dans lequel il a su me plonger.

C’est ainsi, subjectivement, avec toutes les émotions dont je suis capable de faire preuve, et non via la raison ou l’objectivité, que j’ai pu appréhender la misère humaine.





We’re all stupid sometimes

22 02 2009

Il m’arrive comme à tout le monde, du moins je le suppose, de me poser des questions existentielles auxquelles personne ne serait en mesure de répondre. Tout simplement parce qu’il n’existe pas de réponse, et c’est bien là le problème.

Pourquoi vit-on ? Personne ne le sait. Alors on spécule, on formule des hypothèses, on cherche à rester objectif… Mais au final rien ne change, puisque l’on n’est jamais sûr de rien.
Or, si une chose est sûre, c’est que l’on doit impérativement profiter au maximum du fait d’être en vie. Nous avons une palette de besoins et de désirs qui ne demandent qu’à être assouvis. Tout devient ensuite question de choix, car toutes nos envies ne sont pas nécessairement faciles à satisfaire.

Comment choisir ? Personne ne le sait non plus. Alors chacun opte pour une technique qui lui est propre. Certains vouent leur vie à un seul et unique objectif, qu’ils voudront bien entendu atteindre quel qu’en soit le prix. D’autres préfèrent agir rationnellement, établir une sorte de classement, et procéder étape par étape. Mais on peut aussi trouver des individus qui ne font rien. On en trouve trop même.

Nous vivons une période où l’instantané prime sur tout. Il faut réussir vite, avoir des idées rapidement, écrire vite, être RENTABLE… Or, la pertinence et l’empressement sont à mes yeux deux notions radicalement antinomiques. D’où la léthargie de beaucoup d’entre nous.

Alors quoi faire ? On peut regarder avec dédain ceux qui plongent corps et âmes dans le mode de vie contemporain sans même chercher à le remettre en question, mais cela ne sert à rien si ce n’est à se positionner par rapport aux autres. Et au final, les autres ne comptent pas ; seul le regard que l’on porte sur nous-mêmes possède une réelle importance.
Je vois désormais trop d’aigris, trop d’hommes et de femmes consternés par le monde qui s’exhibe devant eux. Si certains en sont attristés, la plupart ne sont ni plus ni moins que haineux face à la terre entière. On ne les comprend pas plus qu’ils ne comprennent les autres. C’est une forme de rupture irréversible que beaucoup expérimentent actuellement. Ce genre de constat devrait être révoltant.

Mais nous ne sommes plus révoltés. Nous étudions des mondes dans lesquels l’esprit critique était un garde-fou prévenant des déviances et des dérives sociétales ; mais nous en avons perdu l’usage. Les révoltés sont aujourd’hui les parias, tandis que ceux qui jouent le jeu forment petit à petit la future élite.

Bref, nous sommes en vie, et certains se sentent bien, d’autres se sentent mal.
Les jeunes générations, dont je fais partie, ne savent même plus comment procéder. Doit-on faire des études pour changer le monde, ou pour s’intégrer dans l’ordre établi ? Doit-on tout faire pour s’assurer une vie sans grand problème, ou bien doit-on opter pour une vie hédoniste, où le plaisir prime sur tout, où les considérations matérielles sont relayées au second plan ? Toujours les mêmes problématiques, sans jamais de réponses. Alors on se lance, bon gré mal gré. On ne peut rien faire d’autre de toute manière, me dit-on.

Au final, ne doit-on pas vivre pour être heureux ? Alors que faire si le monde est triste ?





L’assemblée des défaitistes

27 01 2009

sp_a0113J’écrivais il y a peu, en somme, que la passivité de ma génération tend à me faire vomir. Afin de nuancer ma vision des choses, et de gagner en objectivité, je décidai la semaine dernière d’assister à une assemblée générale du syndicat étudiant Sud, plus subversif que l’UNEF et comportant deux ou trois grandes gueules confiantes, n’ayant pas peur d’afficher clairement leur idéologie ultra progressiste.

J’arrivai donc, après un bon sandwich du R.U., dans l’enceinte de la fac de droit, en quête de l’amphithéâtre 1 que mon imaginaire visualisait déjà bondé par une foule étudiante venant de tous milieux. Dix minutes plus tard, accompagné de deux camarades curieux, je trouvais enfin la salle, dans laquelle une quarantaine d’étudiants discutaient, ou mangeaient leur repas, ou fumaient tranquillement leur clope à côté. Tout était très calme, presque désintéressé, alors que nous étions censé discuter de l’investissement des facultés de Nantes dans les manifestations nationales du jeudi 29 janvier.

Un petit quart d’heure plus tard, nous prenions tous place, et deux membres du syndicat s’installèrent face à nous afin de gérer le débat, d’inscrire l’ordre du jour, de faire un bref rappel sur les lois LRU et les mouvements enseignants ayant déjà eu lieu dans le cadre de la défense de leur poste et du statut de l’université.
Une fois cette brève introduction à la problématique du jour terminée, la petite assemblée comprit que rien n’était en fait prévu, et que cet AG, aussi intéressante qu’elle paraissait, était finalement très vide et totalement désorganisée.

Les premiers intervenants se firent alors entendre, suite aux remarques des syndiqués du genre « il va falloir nous dire ce que vous voulez faire un peu, on va pas tout faire pour vous ! » ou « vous n’avez vraiment rien à dire ? Vous êtes venus pour rien alors ? Vous n’avez donc aucune idée ni aucune conscience de la situation ? » ; le tout accompagné d’une légère suffisance.
Si à ce moment là j’avais envie de leur rappeler leur rôle dans une assemblée générale, qui était finalement de faire le point sur le positionnement de leur syndicat et de suggérer un certaine nombre d’actions, j’ai opté pour le silence sociologique, afin d’en savoir plus sur le déroulement naturel des choses.

Ceux qui intervinrent, pris au dépourvu, ne savaient pas trop de quoi parler, et partaient généralement dans de grandes conceptions théoriques assez longues et langoureuses. Pire encore, à chaque fois qu’une personne terminait son monologue, une autre la remplaçait, mais sans jamais rebondir sur ce qui avait été dit précédemment. Au final, c’était plus une assemblée philosophique où différentes conceptions du monde se confrontaient qu’une AG visant à organiser un mouvement revendicatif. Cette phase ingrate dura pendant à peu près une heure, au cours de laquelle quelques courageux osèrent dire que la plupart des intervenants n’avaient rien compris à l’enjeu du débat, mais en vain.

Finalement, quelques temps plus tard, on se mit d’accord sur l’écriture d’un tract, et sur sa diffusion. On mentionna aussi l’installation de « cafétérias » gérés par des syndiqués, permettant de maintenir un flux tendu d’information entre les étudiants et les militants. Tout ça pour ça.

J’ai pu cependant retenir quelques éléments intéressants.
Premièrement, les étudiants sont pour beaucoup vraiment désintéressés par les problèmes économico-politiques les concernant, et cherchent davantage à s’investir pour coller à un cliché has been (jeunesse militante) plutôt qu’à une idéologie militante.
Deuxièmement, la plupart des étudiants concernés étaient trop blasés par les cuisants échecs des derniers mouvements pour avoir encore de l’énergie à mettre dans ce projet. Ils savent qu’il est facile pour l’Etat d’attendre l’essoufflement des mouvements jeunes pour reprendre sa politique, et ils savent aussi qu’il est incroyablement difficile de faire durer les actions étudiantes, du fait des partiels, de l’incertitude concernant l’orientation, etc. On privilégie donc nos études à notre régime politique, pour la plupart d’entre nous.
Enfin, si les choses ne marchent pas comme prévu, c’est que nous avons perdu toute volonté créatrice, toute volonté d’innovation. Afin de sensibiliser, personne n’a cherché autre chose que la tractation, alors que tout le monde se contente de mettre le petit papier en boule dans sa poche ou de le jeter à la poubelle la plus proche. On fait trop dans le cliché, et l’on n’innove plus.

Il est pourtant possible, selon moi, en se creusant un peu la tête, de construire un mouvement revendicatif stable, qui pourrait devenir médiatique et populaire si l’on y ajoute de la créativité, de l’esthétique et des messages forts et généraux en lien avec nos revendications particulières. Mais ça, il me semble que ce n’est pas pour tout de suite…





The world was waiting just for you

15 01 2009

medium_jeune681Les années 60 ont marqué l’ère de la révolution sociale. Cette période n’était pas « juste », contrairement à ce que certains aigris rabâchent depuis plusieurs années, un prétexte pour une jeunesse en manque de sensations de s’engouffrer dans le débat social. Il existe encore, et fort heureusement, des individus qui ont une certaine conscience de ce qui est bon et de ce qui est mauvais pour une société.

A mes yeux, ces années représentent la capacité des Hommes à évoluer dans une direction positive, à partir du postulat que l’on peut construire un monde meilleur. Depuis, plus rien n’a jamais su fédérer autant que cette période progressiste.
Et aujourd’hui, lorsqu’au détour des couloirs d’une fac, ou dans le confort d’un amphi (réflexion cynique), on interroge quelques personnes, les réponses déçoivent, choquent et même parfois affligent…

« Qu’est ce que tu veux qu’on fasse nous ? Un mouvement jeune ? Pour qu’on nous prenne pour des cons ? Et puis de toute façon, aujourd’hui, c’est trop tard, il aurait fallu s’y prendre avant. Maintenant on a plus qu’à attendre que tout se casse la gueule. »

« Boah faut arrêter hein, le monde va très bien ! Tu crois que t’es qui pour décider de ce qu’il faut changer ? Y’a des types pour qui on vote qui font ça très bien… »

« Va falloir commencer à comprendre que maintenant c’est fini tout ça, et que le monde n’est pas tout rose. Chacun pour soi, moi franchement, ça me va très bien. »

Bon, je n’entends pas le cacher, ce genre de réflexions me donnent de violentes pulsions haineuses. Non pas parce qu’elles ne vont pas dans le sens de ma « jeunesse idéale », politisée et militante, mais parce que la passivité qui les frappe réduit à néant toute chance de réactivité, d’interventionnisme, de créativité.

En somme, peut-on ne serait-ce qu’envisager un monde dans lequel chacun se moque éperdument de ce qu’il s’y passe, pour la simple et bonne raison que l’on accepte de n’avoir aucune influence, aucun poids face aux pouvoirs décisionnaires ?

Non, franchement non.
C’est d’une stupidité sans limite, et si sous le terme d’étudiant, l’imaginaire des gens (utopistes, bien sûr), surement comme le mien, associe les études universitaires à l’émancipation, à la créativité ou à la réflexion intellectuelle, sachez que ces valeurs ont maintenant quelque chose comme cinquante ans. Depuis au minimum une dizaine d’années, la jeunesse ne veut plus rien dire, et ne ressemble à rien d’autre qu’une masse informe d’individus passifs, râleurs et désintéressés.

Pierre Bourdieu, dans les années 60, avait publié un petit article intitulé La jeunesse n’est qu’un mot. Il y expliquait, de manière assez pertinente, qu’il ne pouvait y avoir d’identité jeune, dans le sens où chacun provenait de milieux aux valeurs différentes, ne portant pas le même regard sur la société.
J’ai longtemps été choqué par ce pessimisme bourdieusien, car ce texte, en quelque sorte, était l’une de ses rares productions face à laquelle j’avais énormément de mal à me positionner.
D’un côté l’argumentaire, comme toujours, faisait preuve d’une pertinence constante, d’une réflexion bien établie et d’une logique à toute épreuve ; mais d’un autre, le fond, l’idéologie défendue par Bourdieu était trop extrême pour être prise au sérieux.

En somme, je pense que depuis cet ouvrage, une réelle culture jeune s’est créée, mais que dans son processus de construction, elle a laissé de côté tout ce qui faisait l’intérêt des mouvements étudiants des années 60. Plus de débats, plus d’idéologie commune. Le regard même que les jeunes portent sur la réflexion est altéré.
Beaucoup virent, dans leurs enfances respectives, les facultés comme un lieu de savoir immense, libre à tous, où l’on finalise la construction de son esprit, où l’on façonne une vision précise des choses et enfin où l’on apprend à s’investir, ou du moins à se sentir concerné.
Désormais, après mes trois années passées dans diverses UFR, dans divers lieux, je n’ai que très rarement rencontré d’individus correspondant à mon « idéal étudiant » ; la plupart des élèves étaient au contraire réfractaires à la réflexion, et de manière générale, à la contrainte intellectuelle.

D’où ma conclusion, que je veux volontairement radicale, mais qui mérite quand même d’être posée en ces termes. Dans les prochaines années, va-t-il y avoir une radicalisation de ces comportements ? Ou bien au contraire y’aura-t-il un revirement de situation ? La jeunesse a-t-elle accepté de passer pour une décérébrée inconsistante, qui ne pèse rien, qui ne vaut rien ; ou bien va-t-elle, suite à l’aggravation des contextes politiques, économiques et écologiques, se rapprocher d’un idéal démocratique ?
Ce qui est sûr, c’est que malgré la vision pessimiste qui règne, qui pousse à croire que tout a déjà été fait, qu’il ne reste plus de combats, il existe aujourd’hui une quantité d’objets de lutte contre le pouvoir bien suffisante pour se fédérer massivement contre l’ordre mondial. Redevenons un peu utopiste, ça ne nous ferait probablement aucun mal.





Bonne année, génération youporn, génération facebook

1 01 2009

2008 fut-elle l’année la plus caricaturale des dix dernières années ? La plus extrémiste ? La plus incompréhensible ?

D’un côté, des gens sont déprimés par la situation actuelle, de l’autre, des gens s’en contre-foutent, et encore d’un autre côté, des gens sont ravis.
Quoiqu’il en soit, les progressistes pleurent, et les élitistes se réjouissent : ils sembleraient qu’ils aient gagné. Et en guise de coup de massue, on nous offre, pour le nouvel an, l’élocution suprême d’un chef d’Etat stupide. Stupide ? Peut-être pas, mais en tout cas très mauvais tacticien. Dès ce matin, nous pouvions lire les remarques infâmes de la gauche et du centre concernant son discours, avec parfois un commentaire de l’UMP qui félicite son leader pour tout ce qu’il incarne. En tout cas, on pourra saluer son audace, car il a réellement essayé de nous faire ravaler ce que beaucoup avaient gobé lors de sa campagne, et se sont empressés de vomir une fois le « héros » élu.

MAIS SELON MOI, Sarkozy n’incarne ni plus ni moins que la passivité de certains, que la capacité d’autres à s’enfermer dans une sphère surréaliste pour mieux se voiler la face. Alors sur internet, pas de crise économique, pas de problèmes relationnels, pas de contact physique, juste du dialogue. Bienvenue dans le monde de Facebook. Un peu plus loin, on trouve le monde des déviances, le monde de youporn, le premier site porno gratuit dans lequel les utilisateurs uploadent eux-mêmes leurs vidéos. Du sexe gratuit, des amis par milliers au bout de la souris, voila notre génération.

Et c’est à tous ses représentants que je souhaite, avec la plus grande sincérité que je puisse leur offrir, une merveilleuse année, pleine de désillusions, de drames, de choques et de prises de conscience. Car même si cela peut sembler atroce à priori, il me semble que c’est ce qui pourrait leur arriver de mieux. Bonne année 2009.