N’avez-vous jamais eu cette étrange sensation de ne pas comprendre pourquoi l’on s’oppose à votre logique ? Lorsque l’on raisonne, puisqu’il s’agît finalement de cela, sur une notion ou sur un concept, et que l’on radicalise son opinion, que l’on fait face objectivement à tous les cas de figure, un à un, il nous semble alors parfois que nous détenons une vérité unique et incontournable, que personne ne saurait contredire.
Or, finalement, malgré cet effort de pragmatisme, il existe toujours quelqu’un pour s’opposer à nos conceptions. Ce constat m’a mené en toute logique à une question à la fois simple et complexe : pourquoi ?
Pourquoi l’Homme n’est-il pas en mesure d’établir par lui-même ce qui est vrai, et ce qui ne l’est pas ? Pourquoi ces notions, malgré toute notre volonté de justesse, demeurent irrémédiablement subjectives, voire imperméables à certains individus ?
J’en suis venu à une étrange conclusion que je ne saurai garder pour moi, tant elle me semble encore précaire et incertaine. L’esprit de l’homme est certes construit par son environnement, mais son mode de fonctionnement, son système d’analyse et de compréhension du monde et de ses concepts, lui, n’est pas un produit offert par la société. Il se façonne en nous, par nous, et nous seuls.
J’ai alors décidé non plus de me concentrer sur ce que les gens pensent ou veulent prouver, mais plutôt sur leur manière de procéder afin d’arriver à leur conclusion.
La principale distinction m’ayant été visible vous apparaitra probablement évidente ; elle concerne les individus dit « ouvert d’esprit », et les individus pragmatiques.
Qu’est ce que l’ouverture d’esprit après tout ?
D’après Gilles Guerin, philosophe, l’ouverture d’esprit semble correspondre, dans sa définition incomplète, à « l’élargissement du champ de compréhension », ou encore dans le fait « d’avoir la capacité d’accepter un certain nombre de choses par « l’humanité » ».
Mes propres raisonnements, bien qu’une fois de plus précaires, m’ont permis de rejoindre totalement ce point de vue. L’ouverture d’esprit se caractérise donc, avant tout et essentiellement, par la capacité d’un individu à sortir de ses propres schémas de raisonnement, pour entrevoir ceux de personnes ne fonctionnant différemment de lui.
Gilles Guerin parle ici de « tolérance maximum ». Il s’agit donc de comprendre et d’accepter des comportements et des individus qui pourtant fonctionneraient de manière irrationnelle si nous ne nous basons que sur notre propre logique.
L’individu pragmatique fonctionne d’une manière totalement différente. Pour lui, son raisonnement ne s’appuie que sur la logique, qui est à la base de tout dans notre monde. En radicalisant l’attitude de l’individu pragmatique, on en arrive au constat que tout autre mode de raisonnement lui apparait comme irrationnel ou incompréhensible, car au-delà de la logique, plus rien n’est cohérant, et sans cohérence plus rien n’a de sens.
L’absence de logique semble donc être un facteur déstabilisant chez ces individus, ce qui justifie donc leur refus catégorique de quitter leur propre logique pour comprendre les motivations et actes des autres individus.
Car si une chose est certaine, c’est bien que l’espèce humaine ne fonctionne pas, dans sa globalité, de manière pragmatique et réfléchie. Les émotions et les sentiments sont d’une certaine manière l’antinomie pure et parfaite de la logique.
Voila donc mon premier constat, probablement incomplet, visant à établir une argumentation logique me permettant de justifier les désaccords et mésententes entre personnes pourtant douées d’une incontestable intelligence.
L’individu pragmatique, aussi brillant soit-il, est condamné par nature, pour ainsi dire, à n’entrevoir qu’une infime partie des possibilités des raisonnements, quasiment infinis, que l’humanité est en mesure de produire. Au-delà de ce constat, il est condamné à une forme d’extrémisme, n’étant en mesure que de radicaliser sa propre logique, sans jamais être en mesure de concevoir l’existence d’autres modes de raisonnement.
L’individu ouvert d’esprit, quant à lui, aura toujours la possibilité d’être en désaccord tout en comprenant la logique d’autrui. Cela lui permettra, s’il le souhaite, d’avancer encore et toujours dans une compréhension plus vaste des individus ; possibilité interdite à toute personne pragmatique.
Bonjour
Vous rapportez des propos que j’ai écrit au sujet de l’”ouverture d’esprit”, mais…
J’ai bien dit qu’il s’agissait (à priori) de l’« élargissement du champs de compréhension ». Mais qu’il semblait que le sens d’usage était également « avoir la capacité d’accepter un certain nombre de choses par « humanité » »
ET ENSUITE:
Or, l’extrême tolérance des «choses» dites « humaines » va à l’encontre de l’esprit critique et de la capacité de jugement indissociables de la recherche de la compréhension sans idée préconçue. Car les émotions et les sentiments sont dans ce cas prépondérants, et on confondrait le fait de «comprendre», qui est indissociable de la recherche de l’objectivité et de l’analyse, avec celui de «compatir sentimentalement». On peut compatir également en comprenant les situations et les êtres, mais par similitude avec son propre vécu et/ou ses fonctionnements psychologiques propres — donc de manière «projective», égocentrique –. Et l’«ouverture d’esprit» pourrait bien dans ces cas revenir à «plus de subjectivité». […] l’«ouverture d’esprit» […] pourrait bien (en raison de cela) [et à l‘inverse!] le rétrécissement de la capacité d’analyse et de la Raison, la Raison étant la chose spécifiquement (et uniquement) humaine, et qui permet précisément la compréhension des choses et des autres.
Egalement:
Par ailleurs un grand nombre de choses peuvent être considérées comme «humaines» ; comme le fait de chercher à nuire à autrui, la haine, chercher à «paraître avoir raison» au lieu de chercher à savoir si l’on a réellement raison, placer ses propres intérêts (ou ceux de son groupe) avant ceux de la collectivité et/ou de l’humanité etc. Ces côtés négatifs sont par définition «humains». Nous pouvons les comprendre (cela ne dépend que de notre capacité de compréhension), nous pouvons compatir, et nous pouvons les posséder. Mais dans tous les cas nous ne devons pas les admettre sous prétexte que «c’est humain».
Deux réflexions connexes : « comprendre subjectivement » et objectivité et subjectivité
Bonne journée
Gilles Guérin