La ville où l’on courait

24 10 2008

De Nantes, je n’ai pas retenu l’architecture, ni les fleuves, ni les magasins, ni quoi que ce soit d’autre que ces individus qui, de jour comme de nuit, courent encore, toujours et encore.

Je n’avais jamais pu constater à quel point le culte du corps est présent dans les villes.
Ainsi, le long de l’Erdre, tous les matins, sur terre ou sur goudron, alors que notre démarche est incertaine et que notre motivation est proche de zéro, on peut voir ces individus aux souffles courts, aux T-shirts imbibés et aux cheveux luisants nous doubler dans un courant d’air, allant toujours plus vite, afin j’imagine de rejoindre l’idéal type de nos mœurs.

Plus étonnamment encore, ce ne sont pas nécessairement des jeunes que l’on croise. Ainsi, homme parmi les hommes, je me surprends parfois à voir au loin de jolies jambes et de jolies silhouettes, qui au fur et à mesure qu’elles se rapprochent m’apprennent dans leurs foulées que l’on peut avoir plus d’une cinquantaine d’années et un corps de trentenaire. C’est une révélation qui ne laisse pas de marbre, je vous le garantie.

On s’amuse parfois, lorsque l’on croise de jeunes salariés courir en chemisette, raides comme des piquets, le regard au loin, et l’on sent que même au-delà de leur journée de travail, ou bien avant même qu’elle ait commencé,  déjà le poids des obligations se fait ressentir. Celles-ci bien sur, à défaut d’être professionnelles, sont purement sociales. Il FAUT courir, car c’est être en bonne santé, c’est être athlétique, c’est être dans la mouvance globale qui entraine tout sur son passage, nous y-compris.

On s’amuse aussi lorsque l’on croise un groupe courant, à l’aise, habitué et endurant ; mais derrière lequel un régiment de la marine nationale fait son footing matinal d’une vingtaine de bornes. Aussi sportifs que se pensent les coureurs aux chemisettes, on perçoit à chaque fois une pointe de jalousie lorsqu’ils se font dépasser par deux types parlant de leur dernière soirée tout en sprintant comme des furieux. Du point de vue de l’observateur passif qui se traine comme il peut, dans le froid et la flemme, je peux affirmer sans honte que la situation possède un petit je ne sais quoi de grisant.

Enfin, le soir, alors que la nuit tombe, on observe encore, sous les réverbères ou sous les lumières des bateaux nantais, quelques courageux qui, on l’imagine, à peine de retour chez eux se changent et repartent purifier leurs poumons.

On en aperçoit d’autres, plus loin, baignant dans la condensation d’une salle de gym, se tuant à soulever d’énormes charges, et se contemplant avec un sourire en coin dans des glaces placées stratégiquement. Il y a quelque chose de ridicule et de déplacé dans ses grandes salles huppées laissant d’immenses baies vitrées exhiber leurs contenus. Certains en profitent pour se rincent l’œil, inévitablement, mais la plupart, et c’est le plus étonnant, n’y prêtent pas la moindre attention.

Lorsque l’on est de retour chez soi, après toutes ces observations, on se laisse submerger par l’impression jouissive d’être totalement maître de son programme, et l’on s’installe confortablement, sans la moindre culpabilité, prêt à accumuler des matières grasses pendant que notre corps, tout seul, se laisse fondre avec délectation.





“Dantès Was Here”

17 10 2008

Tout élégants, distingués et parfois princiers qu’ils étaient, rien en eux ne laissait transparaitre une quelconque capacité à converser de choses autres que celles dont tout le monde parle.
Corrompus par les mœurs modernes, ou simplement désintéressés de tout ce qui ne les affecte pas personnellement, je les vis comme je les verrai toujours : des collaborateurs ; rien de plus, rien de moins.

Je venais d’arriver, alors, dans un monde transpirant l’argent, où dépenser semblait être l’activité principale à laquelle tout le monde s’adonne avec rigueur et vivacité.
La mode ? Omniprésente. Il ne s’agissait plus d’être raffiné, il fallait acheter cher, parfois même très cher, ce que tout le monde voudrait porter mais que seul une infime élite peut s’offrir. Se conforter dans le confort de sa situation, et l’exhiber avec ostentation, voici le monde des finances dans lequel je m’installais.

Il m’aurait fallu une je-ne-sais-quelle capacité à m’imprégner de mon environnement, ou une résignation désespérée à m’insérer dans ce monde pour m’y sentir bien, ou du moins à l’aise.
Or, je n’avais pas la moindre capacité d’adaptation, et comme j’aime le dire à mes proches, je préfère mourir pour mes valeurs plutôt que de me salir à les renier. Ainsi, plutôt que de vomir sur le mode de vie de mes nouveaux collègues, j’optais pour une nonchalance loin d’être feinte, cumulée à un désintérêt totale pour tout ce qui concernait leurs méprisables vies. Car il ne faut pas être dupe : avoir de l’argent ne permet que de faire ce que tout le monde fait partout ailleurs ; seulement on le fait dans des environnements de goût, se voulant digne de nos personnes.
Ainsi, matériellement, leurs vies pouvaient faire rêver, mais ce qui sommeillait au fond de leurs esprits respectifs était tout aussi méprisable que ce qu’un individu pervers, aigri et sans le sou sait l’être.

Comble du hasard, ou plutôt de nos fameuses mœurs, mon attitude désintéressée les intrigua comme si j’étais un riche héritier que plus rien ne semble réveiller de sa léthargie permanente. Non sans me poser des questions sur l’étrange effet de mon attitude, je tentais désespérément de retomber sur mes pieds, sans jamais faire preuve de la moindre agressivité ni répugnance à l’égard des fauves me tournant autour.

Mais on le sait, il n’existe d’attitude neutralisant à elle seule toute possibilité de rapports entre les hommes. Ainsi, aucun désintérêt ni dédain ne parvint à les éloigner de mon bureau. Et bien trop rapidement, certains m’inclurent dans leur petit tour quotidien, où ils prenaient plaisir à discuter entre eux d’à quel point toute leur vie respire le bon goût et la volupté. Au départ gêné par la situation, je sentais que la frontière entre mon masque d’impassibilité et mon identité intègre s’affinait dangereusement. Or, une fois de plus, je n’avais pas la moindre envie de travailler autour de regards hostiles, me jugeant pour les avoir jugés.

C’est alors qu’un soir j’eu comme une révélation.
Perplexe du fait de la situation, je me plongeais depuis quelques jours dans de profondes réflexions sur l’attitude à adopter afin de rentrer dans le groupe tout en demeurant totalement détaché de la situation. Lors d’une séance de réflexions comme celles-ci, mon regard s’était trouvé perdu dans ma bibliothèque, contenant autant de livres retraçant l’historique des grands crashs boursiers et des lois de la finance que de grands ouvrages classiques. Mon regard se posa malgré moi sur L’ouvrage de Dumas, Le Comte de Monte-Cristo.
Bien que l’œuvre prenne la poussière depuis près d’une dizaine d’année à cet endroit précis, je m’en souvenais encore précisément. Et plus encore qu’un passage en particulier, je me remémorai l’attitude somptueuse d’Edmond Dantès, manipulateur suprême préférant modeler les individus selon sa convenance plutôt que de se modeler à la leur. Je me saisis brutalement de l’ouvrage, exalté par mes souvenirs, et me replongeait dans sa jouissive intrigue, jusqu’à le terminer à nouveau, quelques jours plus tard. J’avais trouvé mon mentor.

Le premier matin après ma relecture, j’arrivais dans les somptueux locaux de mon entreprise, fidèle à moi-même, ou du moins à mon indifférence. Or, ce que personne ne pu réaliser et ce qui était absolument jubilatoire, c’était cette nouvelle corde à mon arc. Je n’avais plus à craindre le contact, j’avais juste à m’en jouer, à m’en amuser sans que personne d’autre que mon humble personne ne puisse s’en apercevoir. L’exercice me semblait certes délicat, mais le jeu en valait la chandelle. Sans cela, je ne me voyais pas continuer ainsi.

Je m’installais confortablement dans mon fauteuil et me mis à vaquer à mes occupations professionnelles ; mais je n’oubliais pas de régulièrement contempler l’horloge, qui à pratiquement dix heures pile marquerait l’entrée de mes associés.

Plus que deux minutes. L’adrénaline m’empêchait de me concentrer sur quoi que ce soit. Je me repasse inlassablement les diverses conversations que j’ai pu avoir avec mes nouveaux « amis », tentant vainement d’anticiper par ce procédé celles qui suivront. Je m’imprégnais de ces attitudes exagérées, de ces rires convenus et de ces réflexions choquantes auxquelles aurait probablement adhéré n’importe quelle noble du Second Empire.

Plus qu’une minute.
Je parvenais difficilement à masquer mon exaltation. Aucun entretien d’embauche ne m’avait jamais procuré une telle sensation. Ici, je ne parie pas sur un job, ni sur une source de revenus fixes ; ici je m’apprête à dominer les dominants, à m’insérer insidieusement dans l’esprit des plus aisés, à les faire miens pour ne plus jamais avoir à craindre quoi que ce soit d’eux.

Dix heures maintenant.
Je calme brièvement ma respiration. La porte s’entrouvre, laissant passer Calvin Klein, Ralph Lauren, Yves St Laurent, John Galliano et les individus qu’ils transportent vers moi.





“Follow the White Rabbit”

17 10 2008

Seul au milieu du bar, il saisit à nouveau sa situation des plus déplaisantes.
La musique était trop forte pour être agréable, et le DJ trop mauvais pour susciter quelque envie de gesticuler. Les autres présents, eux, semblaient s’extasier de la situation. L’alcool coulait à flot, et dans d’obscures zones, poudres et végétaux se rencontraient, offrant un festival kaléidoscopique de drogues en tout genre. La soirée avait de quoi plaire, c’est indéniable, et d’un point de vue extérieur, tout laissait croire que ses membres le savaient.
Or, il était là, en plein milieu de cette mixture informe et ingrate se mouvant dans tous les sens. Tout était finalement très sale. La sueur perlait aux visages des danseurs les plus survoltés, les bouteilles de vodka se répandaient sur le sol, et les corps moites et inhibés se rapprochaient les uns des autres, créant une atmosphère humide et poisseuse. Bien loin d’avoir l’air perdu au beau milieu de la scène, l’individu savait se fondre dans le décor avec élégance, donner une subtile impression de satisfaction masquant parfaitement son inactivité en centre de la cohue générale.
Affichant un large sourire à quiconque croisait son regard, il observait calmement le comportement des jeunes l’entourant. Sa perplexité n’était masquée que par le vif intérêt qu’il semblait porter à la situation.
Soudain, sortant de la marée humaine comme recrachée par un organisme étranger, une personne familière lui fonça dessus, exaltée comme jamais.

-    Allez, qu’est ce que tu fais comme ça, tout seul ?!? Viens t’amuser ! Allez, viens, viens !
-    Nan, je suis un peu crevé ce soir, et puis franchement, c’est quand même de la merde cette musique…
-    QUOIII ?
-    JE DIS C’EST DE LA MERDE CETTE MUSIQUE !!!

Le jeune homme avait délicatement détaché la main de son amie, qui s’était empressée de lui saisir le bras en l’attirant vers la foule.

-    T’es toujours aussi rabat-joie dans ces soirées là ? Le principe c’est de danser pour se défouler, pas d’être « en phaaase » avec la musique !

Le jeune homme eu un rictus ressemblant à un sourire. Du moins, c’est ce que l’on pouvait croire ; ce n’était en fait qu’une manifestation de son énervement suite à cette réflexion idiote. En phase avec la musique…Même si cette fille était moins stupide que la plupart des gens présents ici aux yeux du jeune homme, il était tout de même déçu qu’elle ne puisse comprendre à quel point il n’avait pas envie d’être ici, dans un lieu peuplé de nombrilistes superficiels.

-    Bon alors, tu viens ou pas ?, lui demanda-t-elle, insistante.
-    Quand on ira tous les deux dans une soirée qui vaut le coup, je viendrai, promis.
-    Pfff…Puisque c’est comme ça…

Et elle disparut d’un coup sur la piste de danse.
Seul. Aucun autre terme ne pouvait mieux définir la sensation qui l’emplit totalement à cet instant précis. Il était seul, entouré de personnes ne pouvant, ni ne cherchant à le comprendre. Ils n’étaient pas forcément plus stupides que lui, ni moins observateurs ; ils étaient juste dans le milieu qu’ils aimaient, et embrassaient totalement l’attitude jeune par excellence qu’il faut avoir pour être branché et appréciable. Ce sacrifice lui parut bien trop grand à faire pour obtenir au final quelques poignées de main et quelques sourires complices en plus. Mieux valait rester intègre vis-à-vis de soi-même plutôt que de se formater à une vie convenue. Mais avant tout, il ne voulait pas être jugé comme quelqu’un ne sachant pas s’amuser. Il savait même d’ailleurs bien mieux s’amuser que la plupart des personnes présentes.
Le jeune homme fonça dans la masse vivante et parvint jusqu’à son amie. D’une manière certainement trop bourrue, il la saisit par le bras et la tira en dehors.

-    Eh ! Mais qu’est ce qu’il y a à la fin ??
-    Bon écoute. Ce n’est pas ici que je vais pouvoir m’amuser, et j’ai tout sauf envie que tu me vois comme un chieur qui ne se détend jamais. Alors j’ai une proposition à te faire : on va dans un lieu que JE choisis, et si après une petite demi-heure tu n’es pas convaincue qu’il existe bien mieux que ces tonus de merde, on s’en va et tu choisis la destination à suivre. Ca marche ?

La jeune fille pris une pose suggérant la réflexion profonde, resta figée quelques instants puis afficha un large sourire tout en fixant le jeune homme droit dans les yeux.

-    Allez ! MOI, je te suis…MOI !, lui lâcha-t-elle, affichant un sourire espiègle au possible.

Finalement, cette soirée ne pouvait pas être si déprimante que cela.





« Et toi, on te met dans quelle boîte ? »

12 10 2008
People in Boxes

People in Boxes

Si l’on s’amusait à répertorier les esprits humains qui nous entourent, la tâche serait aussi ingrate qu’éternelle. Mais il est possible, par un non initié aux sciences humaines et sociales, de trouver quelques types généraux qui fonctionnent à coup sûr.

La première catégorie me sautant aux yeux fut celles des calculateurs ; et par là je n’entends pas qu’ils possèdent une quelconque prédisposition à la manipulation, mais plutôt qu’ils sont comme ils veulent être, à défaut d’être, tout simplement.
Si j’ai conscience, dans ce début d’énumérations, d’enfoncer des portes ouvertes, et que l’on critique souvent ces individus superficiels pour ne les connaitre que trop bien, il est tout de même intéressant de noter à quel point ces derniers doivent fournir un effort constant pour maintenir une attitude crédible, sans jamais  se relâcher, sans jamais sortir de leur personnage.
Et cela implique bien plus que de respecter un certain style vestimentaire, ou une certaine démarche. Il faut prendre en compte la façon de parler, l’humour que l’on apprécie, les personnes avec lesquelles nous sommes plus ou moins susceptibles de nous entendre, etc. Autrement dit, il faut s’imprégner totalement d’un mode de vie qui n’est pas spontanément le notre, masochisme qu’étonnamment beaucoup embrassent avec délectation. Il semblerait donc que se conditionner pour appartenir à un genre bien déterminé offre un confort que l’on ne saurait envisager de prime abord.

La seconde catégorie concerne ceux qui affirment rester eux-mêmes, quelle que soit la situation.
Ceux-là, il faut le reconnaitre, font preuve d’une intégrité respectable, qu’ils sont bien entendu fiers de mettre en avant dès que l’occasion se présente. Généralement, les individus de la première et de la seconde catégorie éprouvent quelques difficultés à s’entendre. Les premiers affirment une intégrité que personne ne trouve, tandis que les seconds les méprisent comme l’anthropologue darwinien méprisait les peuples dits primitifs au 19ème siècle, ce qui n’est pas peu dire.
Je vous fais grâce des interrogations mettant le doute sur l’intégrité de ces individus (dont on peut tout de même douter, c’est indéniable), mais finalement, quand vous les observez, vous arrivez à leur trouver des points communs étrangement récurrents. Ce sont en effet généralement des individus se voulant en marge de la société, débectés par le conformisme omniprésent. Et encore plus étrangement, on constate une sorte de marketing autour de ces individus, regroupés dans leurs jeunesses sous le terme de « rebelles », qui vise à les uniformiser pour qu’ils puissent s’affirmer comme tels aux yeux des autres et se reconnaitre entre eux.

La troisième catégorie, elle, regroupe ceux que l’on ne voit généralement même pas. Bien que vulgaire et générique, on pourrait les regrouper sous le terme « d’inadaptés ».
Et je dis cela sans la moindre médisance à leur égard ; bien au contraire j’aurais comme beaucoup tendance à éprouver de la compassion vis à vis d’eux.
Car être un inadapté signifie au final que l’on a su faire preuve d’une intégrité stupéfiante. En effet, ces individus sont souvent ceux qui ne sont pas au courant, ou qui affirment ne pas l’être, des façons modernes de penser, de discuter, de s’intégrer, de se vêtir et même de se divertir. Ainsi, ils évoluent dans un monde conventionné sans prendre part à la moindre de ses conventions, ou du moins un minimum puisqu’ils ne sont pas victime des mouvements massifs que suivent la plupart d’entre nous. Résultat, on les trouve souvent introvertis ou coincés, parce qu’ils sont tout simplement différents.  Pour le coup, avec ces derniers, il est délicat, voir impossible d’établir une sorte de fil conducteur faisant office de liens entre eux. Étant tous « libres » en quelque sorte de nombreuses pressions sociales, ils sont naturels, à défaut d’être comme tout le monde. Et naturellement, c’est indéniable, nous sommes tous différents.

La liste pourrait s’éterniser pendant longtemps, mais ces trois groupes sont autour de moi les plus frappants, ou les plus remplis. Et comme je sais qu’aujourd’hui l’on se plait à mettre les hommes et les femmes dans des cases, je dois bien admettre que malgré moi, et à mon grand dam, j’ai suivi le mouvement.





Ivre d’envies, noyé dans le paraitre et l’inintérêt

7 10 2008

L’orientation et l’éducation font débat depuis des siècles, et se sont adaptées, d’époques en époques, à la société.
Durkheim en parle intelligemment dans de nombreux ouvrages, comme beaucoup d’autres sociologues ; preuve en soit que la question est encore d’actualité, puisque malgré la date de ses parutions, leur contenu demeure encore pertinent.
Ainsi, on peut remonter jusqu’à l’antiquité, et retrouver des traces bien présentes de la formation des citoyens grecs ou romains.

Aujourd’hui, la question revient dans certains groupes, généralement plutôt jeunes.
Etant les principaux concernés, certains débattent vivement sur le bien-fondé de nos formations, et surtout sur les manières dont on nous dirige, la plupart du temps insidieusement, vers une voie ou une autre.
En effet, la plupart des enseignants du secondaire, que j’ai rencontré au fil de mes études, étaient pratiquement hermétiques au monde extérieur, et aux autres professions. Je ne parle même pas des conseillers et conseillères d’orientation, que l’on voyait ponctuellement au fil de nos études, aussi inintéressants qu’inintéressés.
Ainsi, c’est sans réels conseils ni pédagogie qu’arrivé au terme de nos études secondaires nous nous lançons tous dans le grand bain de la formation utile, non obligatoire et donc souhaitée.

Il est assez triste de constater que la plupart des individus n’ont pas vraiment d’opinions sur le rôle qu’ils pourraient jouer dans la société, et que les autres cherchent essentiellement un salaire élevé et un risque de chômage inexistant. Autrement dit, nous sommes à la fois dans l’ère de l’inintérêt général et du pragmatisme exacerbé. Car une question se pose spontanément à mon esprit : suffit-il d’être riche et en sécurité pour être heureux ? L’objectif d’une formation n’est-elle pas de nous diriger vers ce que nous aimons faire, et généralement vers les filières où l’on est le plus à même de faire la différence ?
Il semblerait que nous nous soyons diamétralement éloignés de ces idéaux, certes un peu naïf, mais tout de même plus humain que ceux que nous connaissons actuellement.
Ainsi, on se moque de notre orientation. Mais un lycéen, et c’est bien compréhensible, n’est pas en prise directe avec le marché du travail, tout comme il n’est pas en prise directe avec la diversité des choix qui s’offrent à lui.

Certains ont songé, théoriquement, à l’existence d’une année presque vierge, entre le Baccalauréat et les études supérieures, où le futur étudiant serait aidé à s’imprégner du monde qui l’entoure. Evidemment, cela suppose une volonté de recherche active des individus concernés, mais tout de même, ainsi nous pourrions tous nous lancer dans la vie active avec une connaissance aigue des risques et des professions.

Tout cela pour pointer du doigt la passivité avec laquelle les choses se passent. Après tout, si l’on procède ainsi, pourquoi changer ? Tout cela s’inscrit dans une tradition démocratique, laïque etc. ; et c’est bien connu, tous les lycéens se moquent de ces choses là, ils ne pensent qu’à eux et ne font jamais d’efforts.
Or, cela peut se démontrer sans difficulté, ce n’est pas parce que l’on est jeune et insouciant que l’ont ne saurait être soucieux de notre avenir. D’autant plus que la sensibilisation à ces importantes questions est l’un des rôles de l’enseignement du secondaire.
Un jour peut-être, nous réaliserons que l’école peut encore bel et bien servir à former des citoyens concernés, plutôt que de nous vomir des connaissances sans jamais rien approfondir, et de nous toiser du regard.





Le mec sympa et le gentil con

6 10 2008

J’ai constaté il y a peu, à mon grand regret, qu’aujourd’hui l’altruisme et la connerie se confondent. Je ne veux pas dire par là que la générosité envers autrui est aussi ridicule que naïve, et d’ailleurs personne n’oserait affirmer explicitement une chose pareil ; mais force est de constater que désormais, beaucoup de gens comme vous et moi usent et abusent de la générosité de ceux encore capable d’en faire preuve.

Et c’est assez étrange, quand on y réfléchit. Pourquoi désormais celui qui accepte de rendre service, en général parce que lui-même souhaiterait qu’on l’aide en cas de problème, serait considéré comme un idiot manipulable à volonté ? Cela signifierait donc qu’actuellement, faire preuve de générosité est une aberration pure et parfaite, et qu’aider l’autre revient à se foutre soi-même dans la merde ?
Sans forcément rentrer dans le bon vieux rappelle historique des choses, ni dans la vulgarisation, il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, on disait régulièrement que l’Homme seul ne pouvait réaliser quoi que ce soit, et qu’il était nécessaire que l’on s’unisse, que l’on s’entraide, pour arriver à quelque chose. Bien entendu, ceux qui pensaient ainsi ne parlaient pas réellement de la vie en collectivité et du communautarisme, mais plutôt des relations dans le cadre du travail. Mais après tout, est-ce réellement différent ?

Lorsque j’y réfléchis, je ne vois rien de négatif dans l’idée d’une entraide spontanée entre les individus ; et je ne pense pas spécialement à se lever dans le bus pour laisser la vieille femme s’assoir. L’entraide pour moi dépasse ce genre de notions un peu bas de gamme, et se retrouve dans une idéologie nous poussant à accepter de consacrer du temps aux autres, de réduire soi-même une partie de ses libertés ou de son plaisir pour augmenter celui d’un ou d’autres. Et c’est exactement là où, auparavant l’on parlait d’altruisme, et où désormais on parle de stupidité.
Bien entendu, une fois de plus, ce genre de choses ne peuvent se mettre en place que si l’on sait, ou au moins si l’on suppose que l’autre finira bien par nous rendre la pareille. Mais bon, il faut bien commencer quelque part, plutôt que de tous se regarder en songeant « oui je t’aiderai bien, mais j’ai pas franchement envie de passer pour une cruche qui voit les autres comme des gens sympas ».

Pour ma part, en toute sincérité, j’ai accepté l’idée que certains s’amusent de ma prétendue naïveté, et me voient comme un gentil con. Je préfère ça à l’ignorance générale qui, si j’étais dans le besoin, ne serait-ce que pour de petites choses sans intérêt, me ferait bien plus mal que le regard moqueur de quelques idiots. Et après tout, même s’ils avaient raison, mieux vaut être un gentil plutôt qu’un sale con. Non ?





« Regarde, regarde les tous… »

4 10 2008

L’autre jour, j’ai lu tagué sur un mur « l’espèce humaine sera connue pour avoir fermé les yeux jusqu’au dernier moment de son existence ».
Peut-être l’auteur de cette phrase avait-il une raison personnelle de penser cela, mais il n’empêche que de mon point de vue extérieur, ma journée fut consacrée à réfléchir autour de cette idée. Et si demain, tout disparaissait ?

C’est évidemment, pour nos esprits sceptico-pragmatiques, un concept aberrant.
Comment le monde pourrait-il disparaître du jour au lendemain, comme ça, d’un coup ? Les complotistes et leurs amis auraient, j’en suis sûr, des tas de théories justifiant grosso-modo tout et n’importe quoi ; attaques extraterrestres, gouvernement aliéné, dictateur mal luné, manipulation de masse, etc.
Mais imaginons simplement que la chose est établie, que demain plus rien ne sera, et qu’aujourd’hui, pour encore vingt-quatre petites heures, tout demeure. On se demande souvent, lorsque l’on envisage ce genre de choses, ce qu’on pourrait bien faire de ce temps à la fois si long et si court. Voler une Ferrari ? Braquer une banque ? Se ruiner dans l’alcool, la bouffe et les fringues ? Prendre l’avion ? Se regrouper en famille ? Ou peut-être ne rien faire de spécial et passer une dernier journée anodine ?
Et si un peu partout, des signes manifestant un effondrement proche de nos institutions, et à plus large échelle de nos sociétés modernes, se manifestaient sans pour autant que la plupart d’entre nous soit en mesure de les appréhender ?
Evidemment, personne n’a encore hurlé en courant dans la rue « C’EST LA FIN ! FUYEZ ! », et c’est compréhensible. De toute manière personne ne l’écouterait.
Mais il est amusant de se dire, en parcourant des rues farcies d’individus à la fois tous différents et tous semblables, que si jamais la fin de nos civilisations étaient proches, rien ne changerait. Après tout, regardez-les, ils semblent si attachés à cette quotidienneté des choses, à cette douce répétition des gestes et des actes, à cette monotonie sécurisante. Aucun doute, l’Homme aime ce qu’il connaît et ce qui perdure, à l’inverse de ce qui perturbe et ne dure pas.

Prenez une rue commerciale bondée, une de celles qui plaisent et dans lesquelles on se promène, seul ou accompagné, en laissant vagabonder son regard ici et là, de vitrines en vitrines. Combien de personnes présentes dans une de ces rues, si elles savaient que tout allait finir, se mettraient à courir dans tous les sens en hurlant ? Combien seraient incrédules et attendraient les infos de 20h pour connaître la véracité de l’info ? Combien se cramponneraient à leurs téléphones ? Combien éplucheraient les forums et blogs en quête d’actu bien chaude ?
Au final, notre rationalité pourrait elle-même nous aveugler. A trop nous croire experts en tout dans un monde à la mécanique éternelle et bien huilée, aurions-nous oublié qu’il faut parfois évoluer pour perdurer ?

J’ai regardé. Je les ai tous regardé. Certains sont si sûrs d’eux, tellement ancrés dans l’instant présent, dans la vie moderne à laquelle nous nous offrons corps et âmes, qu’ils ne voient plus rien d’autre que le lendemain. J’ai fini par accepter que si tout devait finir, personne ne finirait quoi que ce soit.