J’écrivais il y a peu, en somme, que la passivité de ma génération tend à me faire vomir. Afin de nuancer ma vision des choses, et de gagner en objectivité, je décidai la semaine dernière d’assister à une assemblée générale du syndicat étudiant Sud, plus subversif que l’UNEF et comportant deux ou trois grandes gueules confiantes, n’ayant pas peur d’afficher clairement leur idéologie ultra progressiste.
J’arrivai donc, après un bon sandwich du R.U., dans l’enceinte de la fac de droit, en quête de l’amphithéâtre 1 que mon imaginaire visualisait déjà bondé par une foule étudiante venant de tous milieux. Dix minutes plus tard, accompagné de deux camarades curieux, je trouvais enfin la salle, dans laquelle une quarantaine d’étudiants discutaient, ou mangeaient leur repas, ou fumaient tranquillement leur clope à côté. Tout était très calme, presque désintéressé, alors que nous étions censé discuter de l’investissement des facultés de Nantes dans les manifestations nationales du jeudi 29 janvier.
Un petit quart d’heure plus tard, nous prenions tous place, et deux membres du syndicat s’installèrent face à nous afin de gérer le débat, d’inscrire l’ordre du jour, de faire un bref rappel sur les lois LRU et les mouvements enseignants ayant déjà eu lieu dans le cadre de la défense de leur poste et du statut de l’université.
Une fois cette brève introduction à la problématique du jour terminée, la petite assemblée comprit que rien n’était en fait prévu, et que cet AG, aussi intéressante qu’elle paraissait, était finalement très vide et totalement désorganisée.
Les premiers intervenants se firent alors entendre, suite aux remarques des syndiqués du genre « il va falloir nous dire ce que vous voulez faire un peu, on va pas tout faire pour vous ! » ou « vous n’avez vraiment rien à dire ? Vous êtes venus pour rien alors ? Vous n’avez donc aucune idée ni aucune conscience de la situation ? » ; le tout accompagné d’une légère suffisance.
Si à ce moment là j’avais envie de leur rappeler leur rôle dans une assemblée générale, qui était finalement de faire le point sur le positionnement de leur syndicat et de suggérer un certaine nombre d’actions, j’ai opté pour le silence sociologique, afin d’en savoir plus sur le déroulement naturel des choses.
Ceux qui intervinrent, pris au dépourvu, ne savaient pas trop de quoi parler, et partaient généralement dans de grandes conceptions théoriques assez longues et langoureuses. Pire encore, à chaque fois qu’une personne terminait son monologue, une autre la remplaçait, mais sans jamais rebondir sur ce qui avait été dit précédemment. Au final, c’était plus une assemblée philosophique où différentes conceptions du monde se confrontaient qu’une AG visant à organiser un mouvement revendicatif. Cette phase ingrate dura pendant à peu près une heure, au cours de laquelle quelques courageux osèrent dire que la plupart des intervenants n’avaient rien compris à l’enjeu du débat, mais en vain.
Finalement, quelques temps plus tard, on se mit d’accord sur l’écriture d’un tract, et sur sa diffusion. On mentionna aussi l’installation de « cafétérias » gérés par des syndiqués, permettant de maintenir un flux tendu d’information entre les étudiants et les militants. Tout ça pour ça.
J’ai pu cependant retenir quelques éléments intéressants.
Premièrement, les étudiants sont pour beaucoup vraiment désintéressés par les problèmes économico-politiques les concernant, et cherchent davantage à s’investir pour coller à un cliché has been (jeunesse militante) plutôt qu’à une idéologie militante.
Deuxièmement, la plupart des étudiants concernés étaient trop blasés par les cuisants échecs des derniers mouvements pour avoir encore de l’énergie à mettre dans ce projet. Ils savent qu’il est facile pour l’Etat d’attendre l’essoufflement des mouvements jeunes pour reprendre sa politique, et ils savent aussi qu’il est incroyablement difficile de faire durer les actions étudiantes, du fait des partiels, de l’incertitude concernant l’orientation, etc. On privilégie donc nos études à notre régime politique, pour la plupart d’entre nous.
Enfin, si les choses ne marchent pas comme prévu, c’est que nous avons perdu toute volonté créatrice, toute volonté d’innovation. Afin de sensibiliser, personne n’a cherché autre chose que la tractation, alors que tout le monde se contente de mettre le petit papier en boule dans sa poche ou de le jeter à la poubelle la plus proche. On fait trop dans le cliché, et l’on n’innove plus.
Il est pourtant possible, selon moi, en se creusant un peu la tête, de construire un mouvement revendicatif stable, qui pourrait devenir médiatique et populaire si l’on y ajoute de la créativité, de l’esthétique et des messages forts et généraux en lien avec nos revendications particulières. Mais ça, il me semble que ce n’est pas pour tout de suite…
Les années 60 ont marqué l’ère de la révolution sociale. Cette période n’était pas « juste », contrairement à ce que certains aigris rabâchent depuis plusieurs années, un prétexte pour une jeunesse en manque de sensations de s’engouffrer dans le débat social. Il existe encore, et fort heureusement, des individus qui ont une certaine conscience de ce qui est bon et de ce qui est mauvais pour une société.
2008 fut-elle l’année la plus caricaturale des dix dernières années ? La plus extrémiste ? La plus incompréhensible ?
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