Try to act like a grown-up

2 03 2009

3740_sewing_pants_520Quand on est encore un enfant, on se dit naïvement que tout est simple pour nous et que tout est compliqué pour les adultes. Leurs discussions, si jamais on essaie de s’y intéresser, nous paraissent vagues, déconnectées de notre monde et beaucoup trop théoriques. Alors on se tait, et on admet sans complexe être trop petit, pas assez cultivé ou trop bête pour comprendre. Et puis, on le sait, quand on sera plus grand, tout deviendra clair.

Alors on prend sur soi, on attend d’être en âge de pouvoir parler avec eux de toutes ces choses que l’on ne comprend pas. Pour nous, le monde se résume à trois choses : la famille, l’école, les amis. Ce sont eux qui prennent tout notre temps et nous ne connaissons rien d’autre, ou si peu, si mal.
On regarde bizarrement ceux qui sont plus grands mais pas encore adultes. Ils semblent sûrs d’eux, plus autonomes et connaissent indéniablement mieux la façon dont les choses, en général, se produisent.

Puis arrive un âge étrange, où l’on ne connait pas grand-chose de plus, mais où ceux qui nous entourent, ceux de notre âge, sont catégoriques sur tout. Et en général, ils ne sont pas d’accord entre eux. Alors pour s’affirmer, ils s’opposent, se justifient et refusent toute remise en question. Pourtant, les autres, ceux qui écoutent sans ne jamais trop parler, n’ont l’air sûr de rien. Alors on attend, et nous aussi, on se fait une petite idée des choses, et on expérimente. Comment bien parler, comment se faire écouter, comment se faire respecter ; on cherche au final à se positionner dans la vie, je pense.

Et vers la fin du collège, on commence à nous dire qu’on a grandit, qu’on va bientôt être adulte, et là, je ne sais pas pour les autres, mais moi j’ai eu peur. Je ne savais toujours pas ce que c’était que d’être adulte. Nos parents restent nos parents, et on reste entre jeunes ; on ne se mélange pas plus, et l’on reste dans ce cocon protecteur, familial et institutionnel, qui nous entoure tellement longtemps maintenant.

Puis arrive le lycée, où l’on redevient petit. On se retrouve dans un autre lieu, avec d’autres professeurs, d’autres matières, et d’autres personnes parfois bien plus âgées que nous. Certains sont déjà engagés dans des luttes sociétales, syndiqués, militants ou simplement révoltés contre tout. Et là, encore plus qu’avant, tout le monde est différent. On ne fait pas seulement que s’opposer ; certains se déchirent pour affirmer leurs visions des choses aux autres.

Puis on rentre en contact avec la musique, la fête, l’alcool, la drogue, les filles, le sexe… Tout ceci, même si on savait que ça existait, on s’était jamais trop rendu compte de la manière dont on y accède, ni de la manière dont on y participe. Là encore, on apprend, on prend des repères, on observe et on reproduit.
La popularité devient une problématique générale. D’un côté il y a ceux que tout le monde aiment, les modèles, les références ; et de l’autre il y a ceux que personne ne connait, que peu apprécient et qui se trop déconnectés des autres pour s’intégrer. Mais il n’y a que d’un seul côté que l’on cherche à s’intégrer, l’autre ne fait rien. Je suppose que c’est ainsi que l’on apprend que la majorité l’emporte toujours sur la majorité, et que l’on ne peut s’opposer à des règles sociales.

Puis un beau jour, alors que s’était enfin fait à tout cet univers, qu’on y avait mûri et que l’on maîtrisait ses règles, on doit s’en aller. Et l’université, ce fut tout autre chose. Là encore, nouvelles règles, nouvel environnement et nouvelles fréquentations.
Pour beaucoup de mon entourage, ce fut certainement d’excellentes années, tant sur le plan social que sur le plan intellectuel. Mais nous n’étions pas plus adultes.

Au final, on peut se demander ce que c’est que d’être un adulte, et même si les adultes en sont vraiment. Certes ils sont en contact avec la réalité professionnelle et économique, bien plus que nous, mais quoi d’autre ? L’expérience ? Certains ne font rien d’expérimental et se sont toujours cantonné à une vie sans vagues. D’autres ont de l’expérience, savent comment les choses marchent, mais ils sont trop rares par rapport aux autres.

Bref, les timides restent timides, les forts le restent, les faibles aussi. Certains changent, évoluent radicalement, mais au final sont-ils si nombreux que cela ? A trop vouloir barricader les individus dans des catégories, on a cultivé maladroitement la différence. Les adultes et les autres « jeunes » arrivent pourtant très vite à un stade où rien d’autre que l’âge ne les différencie.

Alors tout simplement, il suffit de ne plus vouloir être adulte, mais simple d’évoluer par soi-même, sans trop se soucier de ce que l’on attend de nous ou pas. Vouloir nous faire correspondre à un idéal social n’est ni plus ni moins qu’un moyen de faire bien fonctionner certaines institutions, au risque de nuire à l’évolution des individus qui les composent. Et dans un cas pareil, finalement, mieux vaut nuire aux institutions et bien faire fonctionner l’individu.


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2 réponses

3 03 2009
Ninaha

Mais nous faire correspondre à un idéal social nous amène à le contredire et ainsi à se forger une opinion personnelle. De plus tu encourages presque l’anarchie (mieux vaut nuire aux institutions). Je pense qu’on a beau crier à la manipulation cachée pour nous amener vers un idéal, notre système démocratique à tout de même des bases qui nous permettent de mieux nous forger intérieurement, alors à vouloir nuire aux institutions, je ne suis pas du même avis.

Sinon tu cherches à définir un adulte. Pour moi un la notion d’adulte n’a pas de limites fixes, le plus simple serait de trouver une limite biologique mais elle exclurait alors toute la dimension psychologique de la chose. D’ailleurs après avoir regardé rapidement dans un dictionnaire, on trouve : Etat de la maturité. Et pour maturité : Etat d’une chose, d’une personne qui approche du point où elle a toutes ses qualités. Un adulte serait alors une personne n’ayant que peu de défaut, or un pédophile de 40 ans est un adulte.
Alors quand est-on adulte ? Bah quand notre comportement ou même notre image donne l’impression que nous correspondons de la vision globale d’un adulte, et j’ai malheureusement vraiment pas l’impression que cette vision globale inclut une culture et une expérience importante comme tu l’écris.

3 03 2009
scalix

Dire que la société produit les individus dont elle a besoin n’a rien d’anarchiste. En fait, je me rapproche surtout d’un point de vue sociologique, le fonctionnalisme.

Prônez la nuisance aux institutions, du moins pour celles que j’aborde (ou plutôt celles auxquelles je pense, mon texte est loin d’être exhaustif) ne me semble pas révolutionnaire. Disons que je ne l’entends pas dans ce sens. Je me pose en fait une question très simple : si tous les individus percevaient clairement l’orientation “non naturelle” vers laquelle la société les dirige, choisiraient-ils de ne rien faire ou recherchaient-ils leur développement personnel, culturel et expérimental, au risque de perturber le fonctionnement normal des choses ?

Un adulte comme on l’entend, tu l’as bien vu, ça ne se définie pas très bien. Pourtant, on pense tous savoir qui est adulte et qui ne l’est pas, du moins la plupart d’entre nous. J’ai simplement cherché à, non pas critiquer, mais plutôt remettre en question la définition du stade “final” de l’individu. Voila tout ;)

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