L’été est un grand paradoxe pour les jeunes que nous sommes. Parfois ensoleillé et agréable, il sait aussi être sombre et déprimant. Parfois festif et insouciant, il sait aussi être sérieux et professionnel. Que l’on réussisse ou non nos examens, que l’on souhaite ou que l’on ose travailler, beaucoup de facteurs font que la vision que l’on aura de cette période pourra varier du tout au tout.
Sans même aborder ces précédentes variables, selon ce que nous sommes et ce que nous aimons faire, l’été changera de signification. Le geek y verra certainement l’occasion tant espérée de s’épuiser devant son ordinateur ou sa télé, face à un nombre croissant de jeux vidéos ; l’otaku lui, y verra l’opportunité immanquable de parfaire sa culture japanime, de dévorer compulsivement mangas et animes en tout genre, faisant fi des préjugés et des genres, puisque de toute façon il a le temps. L’animal social pourra se gaver de contact humain jusqu’à en avoir la nausée, tandis que l’introverti lui souffrira de son mal plus qu’à n’importe quelle autre période de l’année.
L’été, c’est aussi une question de cadre. Si pour les citadins, l’été implique la plage, la côte, le camping, les glaces, les crêpes, les méduses pour toute la famille (ces chaussures horribles…), les débardeurs imbibés de sueurs, de sel et de sable, il n’en est pas de même pour l’habitant du bord de mer. Pour ce dernier, l’été ne signifie finalement que bien peu de choses : du chaud, des touristes et des fêtes commerciales organisées par une municipalité aux valeurs on ne peut plus désuètes, et aux intérêts on ne peut plus vénaux.
Pour certains aussi, l’été, c’est l’esprit drague et boîtes de nuit, dans lesquelles tout le monde se colle et se frotte en écoutant les tubes des années 80… Pour certaines aussi, l’été, c’est le moment où l’on doit faire attention à tout. Il faut une ligne parfaite, le maillot de bain parfait, les lunettes parfaites, le packaging de la midinette fashion complet. Il est intéressant de noter que les miasmes de la société machiste dans laquelle nous vivions il y a encore peu m’ont fait cibler cette attitude sur les femmes. Certes, on le remarque peut-être davantage de leur côté, mais permettez moi de corriger immédiatement l’erreur : il existe aussi de nombreux hommes cherchant le packaging de gossbo pour chauffer dla meuf. Et souvent, il est amusant de le constater, les femmes savent bien mieux mettre en avant leurs qualités que les hommes, qui se targuent d’être des dragueurs hors pairs en jouant d’un pseudo excès de confiance en soi. Cela mène généralement à des situations particulièrement risibles. Pour certains donc, l’été serait la saison des humiliations ?
Bref, l’été, chacun le conceptualise comme il veut. Le regard sociologique de Durkheim lui fit dire qu’à cette saison, en campagne, le taux de suicide était plus faible qu’en hiver. Le regard lubrique de certains leur fera dire qu’à cette saison, on peut plus fixer discrètement ce qui nous attire qu’aux autres saisons. Le regard poétique poussera à regretter amèrement le printemps, et ne parviendra pas à s’extasier devant les décolletés massifs et les morceaux de cellulite ondulant au rythme du pas. Pour les enfants, l’été c’est le club mickey et pour les ados, c’est la grande poussée hormonale et le soleil qui brule l’acné. Au final, l’été, parfois, ça a vraiment l’air dégueulasse.
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