
Il est paradoxal de ressentir de la mélancolie pour un monde que l’on n’a pas connu, et dont on ignore l’existence. Plus encore, il est ridicule, semblerait-il, d’attendre le messie, le guide inespéré, qui saura nous guider vers le bonheur.
Qu’est ce que l’on voit du monde actuel, si ce n’est sa misère, ses soucis politiques, ses discours consensuels, sa chute libre incontrôlée vers un avenir plus sombre encore ?
Qu’est ce que l’on voit lorsque l’on se considère comme un point infime dans un monde aux proportions que nous ne parvenons même pas à visualiser ?
Plein de points noirs sur une toile blanche, à peine conscients d’exister les uns à côté des autres, incertains des motifs les ayant placé à cet endroit précis, à ce moment précis, si compte est que l’ils se déplacent dans le temps. A leur échelle, tout semble figé.
Qui arrive à voir, en croisant quelqu’un d’autre, la même intensité, la même existence complexe que la sienne ? On ne croise que des enveloppes, sans jamais pouvoir comprendre ce qui les anime.
Un monde dans lequel chacun connait sa place et son rôle n’existe pas, sauf si l’on se l’invente. On s’invente d’ailleurs le monde que l’on veut, c’est plus facile, et on y crée nos propres règles déréglées, arbitraires. Par le jugement, on dénature tout. Notre monde se résume à ce que l’on voit, et aux interprétations que l’on donne à ces informations.
L’homme qui vit juste à côté de nous, qui se lève tous les jours à la même heure, qui ne vit que pour continuer à vivre, qui vit chaque jour la même routine ; cet homme là peut-il avoir l’énergie de voir plus loin que ce quotidien qui l’isole ? Parvient-il à s’extirper de son univers pour toucher du bout des doigts quelque chose de différent, et saisir la complexité du monde ?
Vous et moi, y parvenons-nous ? Peut-on simplement réussir à se projeter dans un autre état, à saisir l’essence d’autres vies, à ressentir ce que d’autres expériences, apparences et attitudes peuvent procurer ?
Chacun d’entre nous croise des milliers d’autres hommes et d’autres femmes, des milliers d’autres pensées auxquelles nous ne penserons jamais.
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